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Semaine du 14/08/2011

Album de la semaine

Diffusion du lundi au vendredi à 8h - 10h - 12h - 14h et 16h.

Toute cette semaine nous écouterons l'album "The suzukis" de The Suzukis.

 

L'artiste/Le groupe

Selon la vieille tradition anglaise, dans chaque garage ou chaque cave, il est un groupe de jeunes rassemblé pour jouer la musique qui lui plaît. Dans certaines villes, il est encore des groupes punk qui se forment mais, aujourd’hui, difficile de sortir de l’anonymat quand on relève de ce genre énervé et politiquement insatisfait. Se faire un nom ne serait-ce qu’à l’échelle nationale est impensable pour ces groupes locaux. Mais peut-être est-ce en train de changer. The Suzukis sortent un premier album et semblent bien prêts à bouleverser tout ordre établi.

Ouvert par une ode à l’insatisfaction (Are You Happy With Yourself?), cet album éponyme aussi brutal que surprenant nous prend de court. Qui s’attendait à ce qu’en 2011, alors que la mode est à la pop et à l’électro, un groupe anglais revisite l’héritage laissé par les Sex Pistols ou les Buzzcocks et nous livre un disque aussi violent ? Pas grand monde...
The Suzukis proposent un son sombre, une basse qui sert de deuxième guitare et un chanteur dont la voix sonne comme un Miles Kane plus grave, semblent vouloir moderniser le genre et le rendre encore plus sombre.

En quarante-trois minutes, les gars de Wigan ne se fatiguent pas et semblent faire le maximum pour servir à l’auditeur le son le plus lourd possible, que ce soit dans les moments de pur énervement (Built In, Back At The Factory, Chris Veasey Told Me So) ou de malaise social (Really High, How Long). À l’écoute d’un disque si puissant, l’envie de live ne tarde pas à se faire sentir. Built In, titre-défouloir et dénonciation virulente du pouvoir de la télévision dans la société, en témoigne. Ce morceau sonne comme un véritable hymne pour la jeunesse de la working-class dont les samedis soirs se déroulent dans les sous-sols de Wigan, bière à la main, évacuant les problèmes de la semaine et gueulant sa haine des politiques, de la société qui l’oublie et la réduit au silence.

À d’autres moments, The Suzukis semblent témoigner d’un certain sentiment de malaise. À l’écoute de Join Us, une boule pousse dans le ventre de l’auditeur. Peut-être le morceau le plus touchant du disque (avec How Long, bien sûr), il vient nous rappeler que, derrière la brutalité que véhiculent les quatre musiciens du groupe, il est des hommes. Des hommes apparemment sensibles et parfois tristes qui ont trouvé la musique comme refuge légitime et comme moyen d’expression.

Il ne vient certes pas bouleverser l’histoire de la musique et ne figurera sûrement pas parmi les classements des meilleurs albums de l’année, mais ce disque, aussi inattendu qu’il est, mérite bien des compliments. Un son brutal et moderne et une écriture engagée semblaient nécessaires pour reprendre le rock aux fils de bourgeois qui commençaient à se l’approprier. The Suzukis vient rendre le rock à ceux à qui il appartient : les fils de prolos. Il devient le porte-parole de cette jeunesse à travers sa musique sombre et ses compositions de qualité. Espérons que nos quatre hommes seront entendus et que le groupe saura se renouveler pour un second album.

 

 

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